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Vignobles d'ailleurs

L'Argentine viticole, des oasis andines aux plateaux du sud

Le vin argentin naît presque entièrement dans des oasis irriguées par la fonte des neiges andines, sur une bande qui court de Salta à la Patagonie. Mendoza concentre l'essentiel des surfaces, et le malbec, arrivé de France au XIXe siècle, y a trouvé sa seconde patrie.

Un vignoble de piémont, né avec la colonisation espagnole

La vigne arrive en Argentine au milieu du XVIe siècle, portée par les missionnaires et les colons venus du Chili et du Pérou. Les premières plantations documentées se situent autour de Santiago del Estero, puis gagnent San Juan et Mendoza, où les canaux d'irrigation creusés par les populations huarpes avant la conquête sont réutilisés et prolongés. Pendant trois siècles, le cépage dominant reste la criolla, une famille de variétés rustiques issues des premières importations.

Le tournant se produit en 1853, lorsque l'État de Mendoza fonde une école d'agriculture et en confie la direction à un agronome français. Celui-ci introduit des cépages bordelais, dont le malbec. L'arrivée du chemin de fer à Mendoza en 1885 relie ensuite les vignes au port de Buenos Aires et aux immigrants italiens et espagnols, qui forment la main-d'œuvre et le premier marché du vignoble.

Altitude et sécheresse, les deux conditions du vignoble

Le climat argentin est continental et très sec : la cordillère des Andes arrête les masses d'air humide venues du Pacifique, et les précipitations restent faibles sur la plupart des zones viticoles. Sans irrigation, la vigne ne survivrait pas. L'eau provient des rivières alimentées par les glaciers et la neige, distribuée par un réseau de canaux et, de plus en plus, par goutte-à-goutte.

L'altitude corrige la latitude. À une trentaine de degrés de l'équateur, les vignes plantées entre 800 et 1 500 mètres bénéficient de nuits fraîches qui préservent l'acidité, et d'un fort ensoleillement qui épaissit la peau des raisins. Les vallées calchaquíes, dans la province de Salta, portent des parcelles parmi les plus hautes du monde, au-delà de 2 500 mètres. Le principal danger climatique local est la grêle, qui frappe les étés de Mendoza ; de nombreux vignobles sont couverts de filets pour la limiter.

Les grandes régions, du nord au sud

  • Le Nord-Ouest (Salta, Catamarca, Tucumán, Jujuy) : vallées très hautes et lumineuses, terre du torrontés riojano, blanc aromatique issu d'un croisement naturel entre le muscat d'Alexandrie et la criolla chica.
  • Le Cuyo (Mendoza, San Juan, La Rioja) : cœur du vignoble. À Mendoza, la zone de Luján de Cuyo et Maipú constitue le premier foyer historique ; la vallée de l'Uco, plus haute et plus fraîche, s'est développée à partir des années 1990.
  • La Patagonie (Neuquén, Río Negro, Chubut) : plateaux venteux et frais, où le pinot noir et le merlot trouvent des conditions proches de celles des vignobles septentrionaux d'Europe.

San Juan, deuxième province par la surface, est historiquement tournée vers les raisins de table, les moûts concentrés et la syrah. La Rioja argentine, à ne pas confondre avec la région espagnole, a donné son nom au torrontés le plus planté.

Cépages et identité

Le malbec et son histoire entre Cahors et Mendoza résume à lui seul le destin du pays : variété marginale en France après les gelées du XXe siècle, il est devenu le premier cépage rouge argentin. Le bonarda argentin, longtemps confondu avec des variétés italiennes, correspond en réalité à la douce noire de Savoie, que la Californie appelle charbono. Le cabernet sauvignon, la syrah et le pinot noir complètent l'encépagement rouge ; le chardonnay et le torrontés dominent chez les blancs.

L'Institut national de vitiviniculture (INV), créé en 1959, tient le registre des vignes et contrôle les vins. Le pays a adopté un système d'indications géographiques qui reconnaît des départements et des terroirs précis, comme Paraje Altamira ou Gualtallary dans la vallée de l'Uco. Le 17 avril est célébré comme journée mondiale du malbec, en mémoire de la loi de 1853 qui créa l'école agricole de Mendoza.

Les blancs occupent une place plus modeste mais singulière. Le torrontés de Cafayate, cultivé dans des vallées où l'air est sec et la lumière intense, conserve des arômes floraux de rose et d'agrumes qui rappellent le muscat, son parent. Le chardonnay a progressé dans les zones fraîches de la vallée de l'Uco et en Patagonie. Une part non négligeable du vignoble reste enfin plantée de cépages roses ou gris de la famille criolla, comme la cereza, destinés aux vins courants et aux moûts.

Une place à part en Amérique du Sud

L'Argentine a longtemps produit pour son propre marché, avec une consommation intérieure parmi les plus élevées du continent, avant de s'ouvrir à l'export à la fin du XXe siècle. Ce passé explique un vignoble ancien et vaste, riche de vieilles vignes franches de pied, car le sol sableux et l'irrigation par submersion ont limité le phylloxéra. Pour comparer avec le voisin andin, la fiche consacrée au vin chilien et à ses vallées montre comment la même cordillère crée, de l'autre côté, un climat océanique. L'ensemble des vignobles américains, océaniens et sud-africains est réuni dans la rubrique vignobles du Nouveau Monde.

Sources : Instituto Nacional de Vitivinicultura (INV, registres de superficies) ; Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV, statistiques par pays) ; Wines of Argentina, documentation historique sur la loi provinciale de 1853 ; travaux d'ampélographie sur l'origine du torrontés et du bonarda.

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