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Les vignobles des États-Unis, histoire, régions et cépages

Les vignobles des États-Unis, histoire, régions et cépages

Les États-Unis figurent au quatrième rang mondial des producteurs selon l'OIV, et la Californie fournit environ 80 % du vin américain d'après le Wine Institute. Quatre cépages y dominent un vignoble reconstruit après la Prohibition : cabernet sauvignon, chardonnay, pinot noir et zinfandel.

Une origine, pas un style
L'aire viticole fédérale garantit le lieu de récolte des raisins du vin américain, sans imposer de cépage ni de rendement.
Quatre foyers
La Californie, l'Oregon, l'État de Washington et l'État de New York concentrent l'essentiel de la production des États-Unis.
Un vin de cépage
L'étiquette nomme le plus souvent la variété : cabernet sauvignon et chardonnay en Californie, pinot noir en Oregon, merlot et syrah à l'est des Cascades, riesling autour des Finger Lakes.

Des missions franciscaines aux vignerons de la ruée vers l'or

La vigne européenne, Vitis vinifera, entre en Californie avec les missions franciscaines fondées à partir de 1769 le long de la côte pacifique. Les religieux plantent un seul cépage, la mission grape, identique au país chilien, pour produire le vin de messe. Ce raisin rustique donne des vins simples, mais il installe la viticulture sur la côte ouest des États-Unis près d'un siècle avant les grands domaines.

La ruée vers l'or de 1849 change l'échelle du vignoble californien. Des vignerons hongrois, allemands, italiens et français s'établissent autour de Sonoma, de la vallée de Napa et dans les contreforts de la Sierra Nevada. Agoston Haraszthy, émigré hongrois installé à Sonoma, rapporte d'Europe en 1861 des milliers de boutures de très nombreuses variétés, qui diversifient l'encépagement de l'État. Les villes nées de l'or forment un marché local, et San Francisco devient la place commerciale du vin de Californie.

Sur la côte est, les essais menés dès l'époque coloniale avec la vigne européenne échouent : hivers rigoureux, maladies fongiques et un insecte alors inconnu, le phylloxéra. La viticulture de l'Est se développe d'abord sur des espèces américaines comme Vitis labrusca et sur des hybrides, dont le concord, encore cultivé pour le jus de raisin. Le phylloxéra, originaire d'Amérique du Nord, gagne l'Europe dans les années 1860 puis frappe la Californie à la fin du XIXe siècle. Les porte-greffes américains, qui résistent à l'insecte, sauvent ensuite le vignoble européen : la plupart des vignes de France poussent sur des racines venues des États-Unis.

Prohibition, Davis et Jugement de Paris : la reconstruction

Treize ans sans vente légale de vin

La Prohibition américaine découle du XVIIIe amendement, qui interdit la fabrication, le transport et la vente de boissons alcoolisées de 1920 à 1933. Le vin de messe, quelques usages médicaux et une production domestique tolérée subsistent. Les viticulteurs arrachent beaucoup de parcelles ou les regreffent en cépages à peau épaisse, faciles à expédier par train vers les familles de la côte est qui vinifient chez elles.

L'abrogation de 1933 laisse à chaque État le soin de régler la distribution des boissons. Le système dit des trois niveaux, qui sépare producteur, grossiste et détaillant, explique encore un marché américain complexe : un domaine californien ne vend pas librement dans tous les États, et les intermédiaires pèsent sur le prix de vente.

Davis, Mondavi et la recherche de la qualité

L'université de Californie à Davis structure la reconstruction qualitative du vin américain. Ses chercheurs Maynard Amerine et Albert Winkler classent en 1944 les zones viticoles de l'État en cinq régions selon la somme des températures de la saison de croissance, exprimée en degrés-jours. Cet indice de Winkler sert encore à choisir un cépage selon le site, du pinot noir des zones fraîches aux cépages tardifs des vallées chaudes.

Robert Mondavi fonde son domaine en 1966 à Oakville, dans la vallée de Napa. Il étiquette ses vins par cépage plutôt que sous des noms empruntés à l'Europe, comme « chablis » ou « bourgogne », alors répandus sur les bouteilles californiennes, et rebaptise en 1968 son sauvignon blanc élevé en fût « fumé blanc ». En 1979, il s'associe au baron Philippe de Rothschild pour créer Opus One, un assemblage de cépages bordelais.

Le Jugement de Paris de 1976

Le Jugement de Paris désigne la dégustation à l'aveugle organisée le 24 mai 1976 par le caviste britannique Steven Spurrier devant un jury de professionnels français. Le cabernet sauvignon 1973 de Stag's Leap Wine Cellars arrive en tête des rouges, devant des crus classés de Bordeaux, et le chardonnay 1973 du Château Montelena l'emporte chez les blancs face à des bourgognes. Relaté par un journaliste du magazine Time, l'événement place le vin californien dans le débat mondial sur la qualité et attire des investisseurs européens vers la côte ouest. Rejouée à plusieurs reprises, la dégustation reste un repère du vin du Nouveau Monde face aux appellations européennes.

Que garantit l'étiquette d'un vin américain ?

L'étiquette d'un vin américain obéit aux règles du bureau fédéral des taxes sur l'alcool et le tabac (TTB). Ce bureau reconnaît la première aire viticole américaine, ou AVA, en 1980 à Augusta, dans le Missouri, puis la vallée de Napa en 1981. On en recense désormais plus de 260, de tailles très inégales et souvent emboîtées : la petite aire de Rutherford se trouve dans celle de la vallée, elle-même incluse dans l'aire North Coast.

Une aire viticole certifie une origine géographique, pas un style : elle n'impose ni cépage, ni rendement, ni méthode de vinification. C'est la grande différence avec une appellation d'origine protégée française, dont le cahier des charges fixe les variétés autorisées. Pour mentionner un cépage, un lieu ou un millésime, le producteur respecte des seuils fédéraux :

  • 75 % au moins du cépage nommé, 51 % pour les variétés de Vitis labrusca ;
  • 85 % au moins de raisins récoltés dans l'AVA citée ;
  • 95 % au moins du millésime indiqué lorsqu'une aire viticole figure sur l'étiquette ;
  • 75 % de raisins du comté nommé, et 100 % de raisins californiens pour la mention « California ».

L'Oregon fixe des conditions plus strictes : 90 % du cépage nommé pour la plupart des variétés, dont le pinot noir et le chardonnay, et 95 % de raisins de l'aire citée. Un vin qui mêle plusieurs cépages bordelais sans atteindre 75 % de l'un d'eux porte souvent la mention Meritage, marque déposée en 1988 par une association de producteurs. Sur la teneur en alcool, la réglementation tolère un écart de 1,5 point avec le degré affiché pour un vin à 14 % vol. ou moins, et d'un point au-delà.

Les régions viticoles américaines, de la côte pacifique aux Grands Lacs

Les régions viticoles des États-Unis s'étendent sur une cinquantaine d'États, mais quatre foyers assurent l'essentiel de la production. Le tableau compare leurs conditions de culture et leurs cépages dominants.

ÉtatRégions repèresConditionsCépages dominants
CalifornieSonoma, Paso Robles, Santa Barbara, Lodi, Central Valleyété sec et ensoleillé, brouillards marins près du littoralcabernet sauvignon, chardonnay, pinot noir, merlot
OregonWillamette Valleyfrais, influence océanique, pluies d'automnepinot noir, pinot gris, chardonnay
WashingtonColumbia Valley, Walla Wallasemi-désertique, irrigation, fortes amplitudescabernet sauvignon, merlot, syrah, riesling
New YorkFinger Lakes, Long Islandhivers froids, lacs profonds qui tempèrent le gelriesling, cabernet franc, hybrides

Californie : du littoral brumeux à la vallée Centrale

La Californie possède le vignoble le plus vaste des États-Unis, étiré sur plus de mille kilomètres du nord au sud. La vallée de Napa, étroite et chaude, ne pèse qu'une faible part du volume californien mais porte sa réputation, surtout pour le cabernet sauvignon et ses assemblages ; le vin y suit souvent le modèle de l'origine bordelaise du cabernet sauvignon. Sonoma, plus grande et plus fraîche vers l'océan, cultive le pinot noir et le chardonnay dans la vallée de la Russian River.

Au sud de San Francisco, la Central Coast regroupe Paso Robles, terre de cépages du Rhône, et Santa Barbara, dont les vallées orientées d'est en ouest canalisent l'air froid du Pacifique : la zone des Sta. Rita Hills y produit des pinots noirs tendus. Lodi conserve de vieilles vignes, et la Central Valley, chaude et irriguée, fournit les grands volumes du vin américain d'entrée de gamme.

Oregon et Washington, deux styles du Nord-Ouest

Le vignoble de l'Oregon prend son essor au milieu des années 1960, quand David Lett plante du pinot noir dans les collines de Dundee, dans la Willamette Valley. La maison bourguignonne Joseph Drouhin y achète des terres en 1987, et Beaux Frères Vineyard, cofondé par le critique Robert Parker et son beau-frère, illustre la vague de petits domaines qui suit. Le pinot noir de l'Oregon garde une acidité et un fruit proches des rouges de Bourgogne. Ce climat océanique rend les millésimes contrastés : la qualité y varie davantage d'une récolte à l'autre que dans les vallées chaudes de l'État voisin.

L'État de Washington, deuxième producteur de vin des États-Unis, cultive la vigne à l'est de la chaîne des Cascades, dans une zone semi-désertique à l'abri de la pluie. La Columbia Valley produit merlot, cabernet sauvignon, syrah et riesling sous irrigation, avec des journées chaudes et des nuits fraîches. Les sols sableux y freinent le phylloxéra, si bien qu'une partie des parcelles pousse sans porte-greffe.

New York et les autres États

L'État de New York doit l'essor de ses vins de vinifera à Konstantin Frank, viticulteur venu d'Ukraine, qui démontre dans les années 1950 que le riesling survit aux hivers des Finger Lakes. Ces lacs glaciaires profonds tempèrent le gel, et Long Island cultive cabernet franc et cépages bordelais. Une nouvelle génération de domaines des Finger Lakes essaie aussi le grüner veltliner autrichien ou le saperavi géorgien. Plus au sud, la Virginie travaille le viognier et le cabernet franc ; le Texas, le Michigan et l'Idaho développent des vignobles, et l'université du Minnesota sélectionne des hybrides résistants au froid, comme le marquette. Les États-Unis complètent ainsi, aux côtés de l'Argentine, du Chili et de l'Océanie, les autres vignobles du Nouveau Monde.

Le vin américain comparé au vin européen

Le vin américain est-il plus alcoolisé que le vin européen ?

Le vin américain de Californie affiche souvent un degré plus élevé que ses équivalents européens, fréquemment au-dessus de 14 % vol. pour les rouges, parce que l'ensoleillement et des vendanges à maturité poussée concentrent le sucre du raisin. Les vins de l'Oregon, de la Willamette ou des Finger Lakes restent en revanche dans des degrés proches de ceux de la Bourgogne ou de l'Alsace.

Pourquoi les vins américains portent-ils un nom de cépage ?

Les vins américains portent un nom de cépage parce que l'aire viticole n'impose aucune variété : l'étiquette doit donc dire ce que contient la bouteille. Cette habitude, popularisée par Robert Mondavi dans les années 1960, s'oppose à la logique européenne, où l'origine prime et où un bourgogne rouge contient du pinot noir sans le mentionner.

Quelle place occupent les États-Unis dans la production mondiale de vin ?

Les États-Unis occupent le quatrième rang mondial de la production de vin, derrière l'Italie, la France et l'Espagne, selon le classement des pays producteurs établi par l'OIV. Ils figurent aussi au premier rang mondial de la consommation en volume, si bien qu'une grande part du vin américain se vend sur le marché intérieur et circule peu en France.

Quels cépages cultive-t-on aux États-Unis ?

Les cépages cultivés aux États-Unis viennent presque tous d'Europe, mais leur hiérarchie diffère de celle des vignobles d'origine. En Californie, le chardonnay et le cabernet sauvignon occupent les premières places des surfaces plantées.

  • Cabernet sauvignon : le rouge de garde le plus réputé du pays, à Oakville, Rutherford ou Walla Walla, seul ou en assemblage avec le merlot et le cabernet franc.
  • Chardonnay : premier blanc de Californie, vinifié dans un style riche, élevé en fût et marqué par la fermentation malolactique, ou dans un style plus tendu sans bois.
  • Pinot noir : cépage des zones fraîches, de la Willamette à la Sonoma Coast et aux Sta. Rita Hills.
  • Merlot et syrah : piliers de l'État de Washington ; la syrah prospère aussi à Paso Robles et à Santa Barbara.
  • Sauvignon blanc : vinifié vif ou élevé en fût sous le nom de fumé blanc.
  • Petite sirah : nom américain du durif, un rouge très coloré et tannique cultivé en Californie depuis le XIXe siècle.

Le zinfandel, cépage croate devenu californien

Le zinfandel passe longtemps pour la variété californienne par excellence. Les analyses génétiques conduites à Davis par Carole Meredith et ses collègues croates montrent au tournant des années 2000 qu'il est identique au primitivo des Pouilles et que tous deux descendent d'un cépage croate, le crljenak kaštelanski, aussi appelé tribidrag. Arrivé sur la côte est au début du XIXe siècle par des pépinières, il gagne la Californie avec la ruée vers l'or. Ses vieilles vignes, parfois plus que centenaires, subsistent dans les comtés de Sonoma, d'Amador et de Lodi et donnent des rouges riches en fruit. Le white zinfandel, rosé demi-sec mis au point par Sutter Home en 1975, a longtemps représenté une grande part de la production du cépage.

Quels sont les meilleurs vins américains, repères historiques

Les meilleurs vins américains, au sens des domaines qui ont fait la réputation du pays, se repèrent par leur histoire plus que par un classement officiel, qui n'existe pas aux États-Unis. Plusieurs maisons servent de jalons :

  • Beaulieu Vineyard, à Rutherford, où l'œnologue d'origine russe André Tchelistcheff forme une génération de vinificateurs à partir de 1938 ;
  • Stag's Leap Wine Cellars et Château Montelena, vainqueurs de la dégustation de 1976 ;
  • Ridge Vineyards, dont le cabernet sauvignon Monte Bello, issu des montagnes de Santa Cruz, remporte la reprise de la dégustation de Paris organisée trente ans plus tard ;
  • Robert Mondavi Winery et Opus One, qui ancrent le modèle du domaine de prestige en Californie ;
  • The Eyrie Vineyards, fondé par David Lett, pionnier du pinot noir de l'Oregon.

Au-delà de ces noms, la qualité d'un vin américain se lit sur l'étiquette : une aire viticole précise, un millésime, un cépage adapté aux conditions du lieu. Un cabernet sauvignon d'une petite aire de coteau n'a pas le même profil qu'un vin d'assemblage étiqueté « California », issu de raisins de plusieurs régions.

Ce qui fait varier le prix d'un vin américain vendu en France

Le prix d'un vin américain en France dépend d'abord de son origine : un vin de la Central Valley produit en grand volume reste dans le bas de la fourchette, tandis qu'un cabernet sauvignon d'une aire réputée, élevé en fût neuf et produit en petite quantité, se situe dans le haut. Plusieurs facteurs s'additionnent :

  • le coût du foncier et des rendements faibles dans les aires les plus recherchées ;
  • l'élevage, en fût neuf de chêne français ou américain, et la durée de garde au domaine ;
  • le transport transatlantique, les droits d'accise et la marge de l'importateur ;
  • la rareté en France, où peu d'importateurs proposent une sélection large de domaines américains.

Pour qui veut en goûter sans se tromper de style, les points de repère restent l'aire viticole, le cépage et le millésime, plus que la marque ; les conseils pour bien acheter du vin étranger en France s'appliquent aussi aux bouteilles venues de Californie, de l'Oregon ou de Washington.

Sources : Alcohol and Tobacco Tax and Trade Bureau (TTB, réglementation 27 CFR part 4 et part 9 sur les AVA) ; University of California, Davis, travaux sur l'origine du zinfandel et indice de Winkler ; Oregon Liquor and Cannabis Commission, règles d'étiquetage ; Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV), statistiques de production et de consommation ; Wine Institute, données sur la production californienne ; histoire des missions de Californie.

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