Le vin américain se produit dans tous les États du pays, mais la Californie en assure la très grande majorité. Le cadre juridique repose sur les AVA, aires viticoles délimitées par l'administration fédérale depuis 1980, qui définissent une géographie sans imposer de cépages ni de rendements.
Des vignes de mission à la ruée vers l'or
La vigne européenne arrive en Californie avec les missions franciscaines fondées à partir de 1769 le long de la côte. Le cépage utilisé, la mission grape, est le même que le país chilien. La ruée vers l'or de 1849 attire une population nombreuse et des vignerons européens, notamment hongrois, allemands, italiens et français, qui plantent des cépages variés autour de Sonoma, de Napa et dans les contreforts de la Sierra Nevada.
Sur la côte est, les tentatives menées dès l'époque coloniale avec la vigne européenne échouent face aux maladies et aux hivers rigoureux. L'industrie s'y développe d'abord sur des espèces américaines ou des hybrides, comme le concord. Le phylloxéra, originaire d'Amérique du Nord, frappe la Californie à la fin du XIXe siècle, mais ce sont les porte-greffes américains qui sauveront ensuite le vignoble européen.
La Prohibition et la reconstruction
Le XVIIIe amendement interdit la fabrication et la vente de boissons alcoolisées de 1920 à 1933. Seuls subsistent le vin de messe, quelques usages médicaux et la fabrication domestique autorisée de jus de raisin. Beaucoup de vignes sont arrachées ou converties en cépages à peau épaisse, faciles à expédier. Après l'abrogation, chaque État fixe ses propres règles de distribution, ce qui explique encore aujourd'hui la complexité du marché américain.
La reconstruction qualitative s'amorce dans les années 1960, portée par l'université de Californie à Davis, dont les travaux sur les climats viticoles et l'œnologie ont fait référence. En 1976, une dégustation à l'aveugle organisée à Paris place des vins californiens devant des crus bordelais et bourguignons ; l'événement, connu comme le Jugement de Paris, marque l'entrée du pays dans le débat mondial sur la qualité.
Les AVA et les règles d'étiquetage
Le Bureau fédéral chargé des alcools (TTB) reconnaît la première AVA en 1980, à Augusta dans le Missouri, puis la vallée de Napa en 1981. Il en existe désormais plusieurs centaines, de tailles très inégales, parfois emboîtées. Une AVA certifie une origine, non un style. L'étiquette doit respecter des seuils fédéraux : 75 % du cépage nommé, 85 % de raisins de l'AVA citée, 95 % du millésime indiqué lorsqu'une AVA figure sur l'étiquette. Certains États, comme l'Oregon, imposent des règles plus strictes.
Quatre foyers principaux
- Californie : Napa, vallée étroite et chaude au nord, réputée pour le cabernet sauvignon et ses assemblages ; Sonoma, plus vaste et plus fraîche vers la côte ; Paso Robles, Santa Barbara, Lodi et la vallée Centrale, qui fournit les volumes.
- Oregon : la vallée de la Willamette, plantée à partir des années 1960, s'est imposée par le pinot noir de climat frais.
- État de Washington : à l'est de la chaîne des Cascades, dans une zone semi-désertique à l'abri de la pluie, la vallée de la Columbia produit merlot, cabernet, syrah et riesling sous irrigation.
- État de New York : les Finger Lakes, lacs glaciaires profonds qui tempèrent l'hiver, sont réputés pour le riesling ; Long Island cultive les cépages bordelais.
Le zinfandel, cépage américain d'adoption
Longtemps considéré comme la variété californienne par excellence, le zinfandel est identique au primitivo des Pouilles. Les analyses génétiques menées au tournant des années 2000 ont montré que tous deux descendent d'un cépage croate, le crljenak kaštelanski, aussi appelé tribidrag. Arrivé sur la côte est au début du XIXe siècle par des pépinières, il a gagné la Californie avec la ruée vers l'or. Ses vieilles vignes, parfois plus que centenaires, sont conservées dans les comtés de Sonoma, d'Amador et de Lodi.
D'autres États méritent d'être cités. La Virginie, où des tentatives viticoles remontent à l'époque coloniale, cultive le viognier et le cabernet franc. Le Texas, le Michigan et l'Idaho ont développé des vignobles depuis les années 1970. Dans les régions aux hivers très froids, comme le Minnesota, l'université locale a sélectionné des hybrides résistants au gel. Le réseau des AVA couvre ainsi un territoire bien plus vaste que la seule côte pacifique.
Les États-Unis complètent le panorama de la rubrique vignobles du Nouveau Monde, aux côtés de l'Argentine, du Chili et de l'Océanie.
Sources : Alcohol and Tobacco Tax and Trade Bureau (TTB, réglementation 27 CFR part 4 et part 9 sur les AVA) ; University of California, Davis, travaux sur l'origine du zinfandel ; Oregon Liquor and Cannabis Commission, règles d'étiquetage ; histoire des missions de Californie.