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Vignobles d'ailleurs

Le malbec, un cépage du Sud-Ouest devenu argentin

Le malbec est un cépage rouge originaire du Sud-Ouest de la France, appelé côt ou auxerrois à Cahors, où il reste majoritaire. Introduit en Argentine en 1853, il y a trouvé de meilleures conditions qu'en Gironde et en est devenu le premier rouge.

Des parents quercynois

Les recherches génétiques publiées en France à la fin des années 2000 ont identifié les deux parents du malbec : le prunelard, vieux cépage du Tarn, et la magdeleine noire des Charentes, variété presque oubliée qui est aussi la mère du merlot. Le malbec est donc un demi-frère du merlot. Son berceau se situe vraisemblablement dans le Quercy, autour de la vallée du Lot.

Le cépage porte de nombreux noms. À Cahors, on l'appelle côt ou auxerrois, sans rapport avec l'auxerrois blanc d'Alsace ; en Touraine, côt ; ailleurs, pressac ou noir de Pressac. Le nom malbec, d'usage bordelais, viendrait d'un propriétaire qui l'aurait diffusé en Gironde, mais cette étymologie reste incertaine.

Cahors, le vin noir

Les vins de Cahors étaient réputés au Moyen Âge pour leur couleur très sombre, d'où le surnom de vin noir. Ils descendaient le Lot puis la Garonne jusqu'à Bordeaux, où les règles du port leur imposaient d'attendre l'écoulement des vins locaux avant d'être embarqués. Cette concurrence défavorable n'a pas empêché l'exportation vers l'Angleterre et l'Europe du Nord.

Le phylloxéra, puis le gel exceptionnel de février 1956, détruisent une grande partie des vignes. Le vignoble est reconstruit autour du côt, et l'appellation d'origine contrôlée Cahors est reconnue en 1971. Son cahier des charges impose au moins 70 % de malbec, complété par du merlot ou du tannat. Les vignes s'étagent entre les terrasses de la vallée du Lot, aux sols d'alluvions et de graves, et le plateau calcaire des causses.

Bordeaux, puis l'abandon

Au XVIIIe siècle et jusqu'au phylloxéra, le malbec occupait une place significative dans le vignoble bordelais, en particulier sur la rive droite et dans le Bourgeais. Sensible à la coulure, qui fait tomber les fleurs avant la nouaison, et au gel, il a été progressivement remplacé par le merlot, plus régulier. Le gel de 1956 a accéléré ce recul. Il reste autorisé dans les appellations bordelaises, mais n'y joue plus qu'un rôle d'appoint, comme le rappelle la fiche consacrée au vignoble de Bordeaux et à ses cépages.

Mendoza, une seconde patrie

Le malbec arrive en Argentine avec la collection de cépages français introduite par l'école d'agriculture fondée à Mendoza en 1853. Les plants sont antérieurs au phylloxéra et certains clones argentins diffèrent sensiblement de ceux qui ont été replantés en France après la crise. Le climat sec des oasis andines limite les maladies fongiques et la coulure, et l'altitude conserve l'acidité des raisins.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, l'Argentine arrache une partie de ses vieilles vignes au profit de cépages plus productifs. Le malbec connaît ensuite un renouveau à partir des années 1990, avec l'essor de l'exportation, et devient le premier cépage rouge du pays par la surface. Les zones les plus hautes, comme la vallée de l'Uco ou les vallées calchaquíes de Salta, produisent des styles plus frais. Le contexte général figure sur la page vin argentin et ses régions.

Au vignoble, le malbec débourre assez tôt et reste exposé au gel de printemps, comme l'a montré l'hiver 1956 dans le Sud-Ouest. Ses grappes, de taille moyenne, sont sujettes à la coulure et au millerandage, ce qui rend les rendements irréguliers. Ses baies à peau épaisse sont riches en anthocyanes, d'où une couleur très foncée, presque violette dans les vins jeunes. Le cépage supporte bien la chaleur à condition que les nuits restent fraîches, ce que les oasis andines lui offrent naturellement.

Deux styles, un même cépage

  • À Cahors : tanins fermes, acidité nette, notes de fruits noirs et parfois de violette ; les vins du plateau calcaire sont réputés plus structurés que ceux des terrasses.
  • En Argentine : fruit plus mûr, texture plus souple, couleur intense, tanins enrobés par l'ensoleillement ; les zones d'altitude rapprochent toutefois les profils.
  • Ailleurs : le Chili, la Californie, l'État de Washington et l'Australie cultivent le malbec en petites surfaces, souvent en assemblage avec le cabernet sauvignon.

Le malbec illustre un phénomène fréquent dans l'histoire du vin : un cépage jugé difficile chez lui peut devenir l'emblème d'un autre pays lorsque le climat lui convient mieux. La rubrique cépages rouges voyageurs rassemble d'autres exemples, comme le carménère au Chili.

Sources : INAO, cahier des charges de l'AOC Cahors (1971 et révisions) ; travaux de l'Inra de Montpellier sur la parenté du malbec et du merlot ; Instituto Nacional de Vitivinicultura (INV), registre des cépages ; Interprofession des vins de Cahors, historique du vignoble.

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