Le malbec est un cépage noir cultivé d'abord dans le Sud-Ouest de la France, nommé côt à Cahors, où l'AOC en exige au moins 70 %. Introduit en Argentine en 1853, il y donne un vin rouge intense et plus souple, et fait de ce pays le premier producteur mondial de malbec.
- Parents
- Le cépage malbec descend du prunelard et de la magdeleine noire des Charentes.
- Berceau
- Le vignoble de Cahors, sur les terrasses du Lot et les causses calcaires.
- Seconde patrie
- L'Argentine, où les oasis de Mendoza et de Salta lui offrent un climat sec et des nuits fraîches.
D'où vient le malbec ?
Le malbec vient du Quercy, autour de la vallée du Lot, et non d'Amérique du Sud comme le laisse croire sa notoriété actuelle. Les analyses génétiques menées par l'Inra de Montpellier et publiées à la fin des années 2000 désignent ses deux parents : le prunelard, vieille variété du Tarn, et la magdeleine noire des Charentes, cépage presque disparu que les chercheurs identifient aussi comme la mère du merlot. Les deux cépages partagent donc une mère : ce sont des demi-frères.
Cette parenté explique une partie de leur histoire commune dans le Sud-Ouest. Les deux variétés circulent dans les mêmes vignobles, se croisent dans les mêmes assemblages, puis se séparent quand le demi-frère plus régulier prend la place du malbec en Gironde. Le prunelard, de son côté, survit en Gaillacois dans quelques parcelles conservatoires. Le cépage malbec appartient ainsi à une famille régionale ancienne, enracinée entre Lot, Tarn et Charentes, bien avant son départ pour les Andes.
Côt, auxerrois, pressac : pourquoi le malbec change de nom
Le malbec porte plusieurs noms parce qu'il s'est diffusé dans des régions qui ne se parlaient guère avant l'ère des catalogues ampélographiques. À Cahors, les vignerons disent côt ou auxerrois, sans lien avec l'auxerrois blanc d'Alsace. Dans le Libournais et le Bourgeais, il devient pressac ou noir de Pressac, du nom d'un domaine de Saint-Émilion. Le terme malbec, d'usage girondin, viendrait d'un propriétaire qui l'aurait répandu dans la région ; cette étymologie reste incertaine.
Sur les bords de la Loire, le côt subsiste en Touraine, région surtout connue pour ses vins blancs de chenin et de sauvignon blanc. Il entre dans les rouges de l'AOC Touraine, souvent aux côtés du cabernet franc et du gamay. Quelques vignerons de la Loire le vinifient seul, sur des sols de silex et d'argile, avec un fruit plus acidulé que dans le Lot. Sur une étiquette de vin français, le nom choisi indique souvent l'origine : « côt » renvoie au Sud-Ouest ou à la Touraine, « malbec » à un usage plus commercial, repris par l'Argentine pour l'exportation.
Cahors, berceau du vin noir
Le vin de Cahors doit son surnom de vin noir à la couleur très sombre que lui donne le malbec, riche en anthocyanes. Au Moyen Âge, les barriques descendaient le Lot puis la Garonne jusqu'au port girondin, où les règles locales obligeaient les vins de l'amont à attendre l'écoulement des récoltes bordelaises avant d'embarquer pour l'Angleterre et l'Europe du Nord.
Le phylloxéra, à la fin du XIXe siècle, puis le gel de février 1956 détruisent une grande partie des vignes quercynoises. Les vignerons reconstruisent le vignoble autour du côt, et l'INAO reconnaît l'appellation d'origine contrôlée Cahors en 1971. Son cahier des charges impose au moins 70 % de malbec, complété par du tannat ou du merlot. Les parcelles s'étagent entre les terrasses alluviales de la rivière, aux graves et galets, et le plateau calcaire des causses, qui donne des vins plus structurés.
Le vieillissement fait partie de l'identité locale : les cuvées des causses, élevées en fût ou en cuve, demandent souvent plusieurs années de garde avant que les tanins s'assouplissent. Cette aptitude à la garde distingue le malbec quercynois de la plupart de ses cousins andins, pensés pour une consommation plus précoce.
Pourquoi Bordeaux a délaissé le malbec
Le malbec occupe une place importante dans le vignoble girondin jusqu'au phylloxéra, surtout sur la rive droite et dans le Bourgeais. Sa fragilité le dessert : il craint la coulure, qui fait tomber les fleurs avant la nouaison, et le millerandage, qui laisse des grappes aux raisins inégaux. Les rendements varient fortement d'un millésime à l'autre, ce que les propriétaires acceptent mal dans une région qui vend de gros volumes.
Son demi-frère, plus régulier, prend progressivement sa place sur la rive droite. Le gel de 1956 achève le mouvement : les parcelles replantées le sont rarement en malbec. Le cépage reste autorisé en Gironde, aux côtés des grands cépages locaux, mais n'y joue plus qu'un rôle d'appoint, quelques pour cent dans certains assemblages. L'encépagement actuel, rive gauche comme rive droite, se lit dans le panorama des vins de Bordeaux, des galets du Médoc aux liquoreux.
Les Andes, seconde patrie du malbec
Le malbec sud-américain naît d'une initiative publique. En 1853, le gouvernement de Mendoza fonde une école d'agriculture, la Quinta Normal, et confie au Français Michel Pouget l'introduction d'une collection de cépages venus de France. Le malbec en fait partie. Ces plants, antérieurs au phylloxéra, donnent des sélections qui diffèrent parfois des clones replantés en Europe après la crise.
Le climat des oasis andines convient à ce cépage capricieux. L'air sec limite les maladies fongiques et la coulure, l'irrigation par les eaux de fonte des neiges règle l'alimentation en eau, et les nuits fraîches préservent l'acidité des raisins. L'intensité du soleil andin épaissit en outre la peau des baies. Dans la seconde moitié du XXe siècle, l'Argentine arrache pourtant une partie de ses vieilles vignes au profit de variétés plus productives. Le renouveau vient avec l'essor de l'exportation et la recherche de qualité dans les années 1990 : le malbec devient le cépage rouge le plus planté du pays et le producteur mondial de référence.
Les zones en altitude, comme la vallée de l'Uco, au pied des Andes, ou les vallées calchaquíes de Salta, produisent des styles plus frais et plus tendus. Chaque région viticole, du nord andin au sud venté, se retrouve sur la carte du vin argentin de Salta à la Patagonie. Depuis 2011, l'interprofession Wines of Argentina célèbre le Malbec World Day chaque 17 avril, date anniversaire du projet de Sarmiento et Pouget.
Ce qui distingue un malbec de Cahors d'un malbec argentin
Un malbec de Cahors et un malbec argentin partagent le même cépage, mais le climat, le sol et les habitudes de vinification les éloignent. Le tableau compare les deux grands foyers du malbec.
| Critère | Quercy | Mendoza et Salta |
|---|---|---|
| Climat | Atlantique tempéré, nuancé d'influences méditerranéennes, gel de printemps possible | Continental sec, fort ensoleillement, grands écarts entre jour et nuit |
| Sols | Terrasses alluviales, plateau calcaire des causses | Alluvions caillouteuses et sableuses au pied des Andes |
| Arômes | Fruits noirs, mûre, violette, finale épicée | Cerise noire, prune, notes florales sur les terroirs les plus hauts |
| Robe | Très sombre, reflets violets | Pourpre intense |
| Structure tannique | Puissante, acidité nette | Tanins soyeux, texture plus souple |
| Garde | Souvent longue pour les cuvées des causses | Plus courte en général, sauf cuvées de haute montagne élevées en fût |
Ailleurs, le Chili, la Californie, l'État de Washington, l'Australie et l'Afrique du Sud cultivent le malbec sur de petites surfaces, souvent en assemblage. Son histoire montre qu'un cépage jugé difficile sur son terroir d'origine peut devenir l'emblème d'une autre nation viticole quand les conditions lui conviennent mieux. La rubrique des cépages rouges du monde, de Bordeaux aux Andes rassemble d'autres variétés qui ont mieux réussi loin de leur berceau, comme le carménère au Chili.
Servir un malbec et l'accorder à table
Un malbec se sert autour de 16 à 18 °C : plus chaud, l'alcool domine ; plus frais, les tanins durcissent. Un côt jeune des causses, à la structure tannique encore ferme, gagne à passer en carafe une heure avant le repas, tandis qu'un malbec andin fruité s'ouvre vite dans le verre.
Pour les accords mets et vins, la structure du malbec appelle des plats qui ont de la mâche. Le côt quercynois accompagne les classiques du Sud-Ouest : confit de canard, magret de canard, cassoulet, cèpes, agneau du Quercy, fromage de brebis des Pyrénées. La version andine, plus ronde, rejoint naturellement la viande grillée, l'asado et le bœuf à la plancha, mais aussi les empanadas de Salta ou un fromage à pâte pressée affiné. Les cuvées élevées en fût supportent les sauces au vin et les gibiers à plume ; les vins jeunes et fruités préfèrent une cuisine plus simple, où leur fruit reste au premier plan.
Malbec : couleur, garde et voisins d'assemblage
Pourquoi le malbec donne-t-il une couleur si sombre ?
Le malbec possède des baies à peau épaisse, très riches en anthocyanes, les pigments qui colorent le vin. Les cuvées jeunes affichent une robe presque violette, à l'origine du surnom de vin noir donné au Cahors.
Combien de temps garder un malbec ?
La garde d'un malbec dépend de son origine et de son élevage. Un Cahors des causses évolue souvent pendant dix ans et plus, alors qu'un malbec andin d'entrée de gamme se boit dans ses trois à cinq premières années.
Avec quels cépages le malbec s'assemble-t-il ?
Le malbec s'assemble avec le tannat et son demi-frère bordelais à Cahors, avec le cabernet franc et le gamay en Touraine, et avec le cabernet sauvignon au Chili, en Argentine et en Australie.
Sources : INAO, cahier des charges de l'AOC Cahors ; travaux de l'Inra de Montpellier sur la parenté du malbec ; Instituto Nacional de Vitivinicultura (INV), registre des cépages ; Interprofession des vins de Cahors, historique du vignoble ; Wines of Argentina, Malbec World Day.

